En 2014, après avoir décrit l’obsolescence programmée, les différentes formes qu’elle peut prendre et les nombreux impacts dommageables qu’elle génère 1, nous avions rédigé une analyse qui décrivait les différents moyens de lutter contre celle-ci.2
Six années plus tard, nous avons voulu faire le point sur la question. Où en est-on ?
Répondre à cette question n’est pas simple. En effet, les études chiffrées sur l’obsolescence programmée sont rares. Il y en a toutefois une qui a fait parler d’elle voici un an. L’association française HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) a publié un rapport 3 en septembre 2019 qui met en lumière que la durée de vie des lave-linges a diminué de 30 % en huit ans. Elle est passée de dix ans en 2010, à sept ans en 2018. Le problème est donc loin d’être résolu.
En 2016, Test-Achats a lancé un point de contact « Trop vite usé » 4 qui permet de signaler les appareils trop vite tombés en panne. Fin octobre 2020, le site comptabilisait plus de 11000 signalements. Ce chiffre démontre, si c’était encore nécessaire, que l’obsolescence programmée n’est pas un mythe. En effet, ces pannes ne résultent pas d’un fait du hasard mais sont le fruit d’une volonté délibérée de réduire, dès la conception, la durée de vie d’un produit. Et le point de contact Test-Achats montre bien que le problème est loin de reculer !
Par ailleurs, la perception de l’obsolescence programmée par les citoyens a augmenté considérablement. Au CPCP, nous le constatons régulièrement dans les groupes d’éducation permanente que nous accompagnons : le sujet fait de plus en plus souvent partie de leurs préoccupations.
Autre signe d’une prise en compte croissante de l’obsolescence programmée : la multiplication des articles de presse ou sur internet ou des reportages télévisés qui traitent du sujet. Bon nombre de consommateurs ont pris conscience de ce fléau et certains ont décidé de lui déclarer la guerre ; on ne peut que s’en réjouir. 5
Par ailleurs, sur le plan règlementaire, on pourrait déplorer que les choses n’aient pas beaucoup évolué concrètement depuis 2014. Néanmoins, les lignes bougent. Le Parlement européen a ainsi adopté, en 2017, une résolution « visant à l’allongement de la durée de vie des produits ». 6 Chez nous, s’il n’y a toujours pas de texte voté sur le sujet, plusieurs propositions de loi fort intéressantes ont été déposées. La France, quant à elle, s’est dotée de plusieurs textes, dont une loi sur la lutte contre le gaspillage (février 2020), qui représente une avancée majeure dans la lutte contre l’obsolescence programmée. Nous y reviendrons plus loin.