Analyse Publié en Mars 2023

La production de blé

Anatomie d'un secteur au cœur de la sécurité alimentaire mondiale

BF
Boris Fronteddu
Sociétés & Environnement
Analyse · Sociétés & Environnement · N°471
La production de blé

Dans son acception générale, le blé désigne le type de céréale panifiable 1 le plus consommé au monde, c’est-à-dire le froment. Le blé constitue un élément central de l’alimentation des Belges et plus largement de l’alimentation mondiale. Il est, en effet, à la source de près d’un cinquième des calories absorbées par l’humanité.2 Le pain fournit, à ce titre, plus de nutriments à la population mondiale que toute autre source alimentaire.Alors, quant est-il de la production de blé en Belgique ? Et au niveau mondial ?

Si le blé représente un aliment clé de l’alimentation des pays industrialisés, cela est encore plus vrai au sein du Sud global parmi lequel sa disponibilité à bas prix constitue une question de vie ou de mort pour des centaines de millions de personnes. Et pour cause, le blé est l’une des plantes les plus cultivées dans le monde avec le maïs et le soja. 80 % du blé cultivé est in fine transformé en farine.4 Nous le retrouvons dans le pain, les pâtes et les biscuits, mais également et indirectement dans la viande que nous consommons puisqu’il représente une part importante de l’alimentation du bétail.

Tout d’abord, soulignons qu’une poignée d’États concentrent en leur sein l’écrasante majorité de la production de blé et parmi ceux-ci, seuls quelques-uns en exportent. En effet, seulement un cinquième des céréales produites dans le monde sont exportées. Ainsi, l’Union européenne (UE) et huit pays (les États-Unis, la Russie, l’Ukraine, l’Argentine, le Brésil, le Kazakhstan, l’Australie et le Canada) totalisaient 85 % de la quantité totale de céréales exportées pour la période 2019-2020. Si la Chine et l’Inde figurent parmi les principaux producteurs de céréales, ils n’en n’exportent que très peu, la très grande majorité de leur production étant destinée à leur consommation intérieure.5
La production de l’UE, pour sa part, s’élevait à 297,5 millions de tonnes de céréales 6 en 2021 dont plus de 43,7 % de blé tendre et d’épeautre.7 Les acteurs majeurs de la production européenne de blé sont respectivement la France, l’Allemagne et la Pologne. Par ailleurs, alors que l’UE figure déjà parmi les principaux exportateurs de blé, la Commission européenne estime que l’invasion de l’Ukraine par la Russie devrait se traduire par une augmentation de 30 % des exports européens de céréales entre 2022 et 2024.8

Avec 1,6 million de tonnes de froment produites en 2017, la production belge est loin d’être négligeable. Néanmoins, comme nous allons le voir, la Belgique produit principalement du blé à destination fourragère, c’est-à-dire de l’alimentation animale. Le pays, entouré de deux des plus grands producteurs mondiaux – la France et l’Allemagne – est, en effet, très dépendant de l’extérieur pour sa consommation de céréales panifiables. Et pour cause, en 2017, la Belgique a importé 4,5 millions de tonnes de froment et en a exporté 729 800. Une situation qui s’explique par l’évolution historique du secteur, mais également par une série des verrous socioéconomiques.9

L’analyse se structure en sept chapitres. Le premier propose un bref retour sur les grandes mutations qui ont marqué la culture du blé. Le deuxième chapitre dresse un état des lieux de la production de blé wallonne et interroge celle-ci au regard de la souveraineté alimentaire de la région. Le troisième chapitre se penche sur l’évolution de la diversité variétale du blé dans le sillage de la révolution agricole. Nous nous intéressons, dans le quatrième chapitre à quelques entreprises jouant un rôle clé dans la chaîne de valorisation du blé au niveau international et national. À la lumière de ces éléments, le chapitre cinq établit un bilan des risques qui pèsent sur l’avenir de la culture de blé en tant que pilier de la sécurité alimentaire mondiale. Les chapitres six et sept visent respectivement à récapituler les principales informations étayées dans cette analyse et à proposer une série de recommandations politiques afin de protéger et d’accroître la résilience et la diversité variétale d’un secteur dominé par quelques puissants opérateurs privés.