Analyse Publié en mai 2021

COVID, précarité et médias

Analyse · Médias & Actions citoyennes · N°428
COVID, précarité et médias

Dans un rapport sur la pauvreté publié le 7 octobre 2020, La Banque mondiale estimait déjà que, dans le monde, la pandémie de coronavirus avait précipité entre 88 et 115 millions de personnes dans l’extrême pauvreté 1. Ajoutant cette phrase sans appel : « La réduction de la pauvreté a subi son pire revers depuis des décennies, après près d’un quart de siècle de déclin constant de l’extrême pauvreté dans le monde ». Côté belge, 18 % de la population vivait en risque de pauvreté avant la pandémie et, selon la Secrétaire générale de la Fédération des services sociaux, Céline Nieuwenhuis, ce chiffre serait monté à 20 % en octobre dernier 2. En janvier 2021, Statbel, le service belge de statistiques, annonçait : « un Belge sur quatre ne peut pas faire face à une dépense imprévue » 3.
« En avril 2020, le service public wallon avait lancé le 1718, numéro vert urgence sociale, pour aider les personnes les plus démunies face à la crise. Il travaille en partenariat avec le RWLP, le Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté, qui gère les situations les plus complexes. En octobre, le RWLP prenait en charge en moyenne 3,5 situations par jour. En novembre, cette moyenne est passée à dix et en décembre, elle est passée à 18 » 4. Une précarisation qui risque bien de s’inscrire dans la durée, bien au-delà de la pandémie, au vu de la multiplication des endettements.
Et puis le SARS-CoV-2 pourrait ne pas être le dernier virus inconnu. Car, comme nous le précisait Éric Muraille, maître de recherches au FRS-FNRS (Fonds de la recherche scientifique) : « Il faudra s’attendre à d’autres pandémies. On découvre de plus en plus de virus animaux dont on a favorisé la transmission d’animal à humain, notamment à cause de la déforestation (…) Et leur propagation est largement favorisée par le transport aérien » 5. Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne, d’ajouter : « On pense aussi que les pluies, les inondations et le réchauffement climatique, pourraient jouer un rôle dans la diffusion de ces nouvelles épidémies » 6.
Nous devons donc tirer les leçons de cette crise pour gérer au mieux la prochaine. Car des paradoxes ont été mis au jour. Notamment le fait que si l’augmentation de cas de COVID-19 entraîne à l’évidence une augmentation de la pauvreté, on constate également que la pauvreté augmente les risques de propagation du virus. 7 Dès lors nous allons tenter de voir à quel point il serait contreproductif de vouloir lutter contre les épidémies sans lutter efficacement contre la précarité.
Et si la crise du coronavirus a augmenté la précarité, elle a aussi amené à des confinements sans précédent. Le 28 mars 2020, plus de trois milliards d’humains restaient chez eux. Du jamais vu. Pour combler l’isolement, les médias ont été quasi les seuls moyens de communication. Leurs audiences ont explosé, que ce soient pour la télévision, les réseaux sociaux, les jeux vidéos, les plateformes de streaming, la radio, la presse écrite, les sites Internet… S’informer, garder le contact, travailler, buller, jouer, s’exprimer, rire… nombreuses étaient les raisons de passer du temps devant un écran. Mais si Internet était au départ un outil de loisirs, il est en train de devenir l’outil de solution à tous les problèmes administratifs, économiques, professionnels, éducatifs ou autres. En période de confinement, notre quotidien, voire notre vie, ont semblé dépendre irrémédiablement d’un pc ou d’un smartphone. Nos décideurs semblent même avoir trouvé la panacée dans ces outils. Mais les plus fragiles d’entre nous, qu’ils soient précarisés et/ou âgés, ont-ils pu suivre ? Quel est leur rapport au numérique ? Et nos gouvernants, en nous imaginant tous connectés, ne se déconnectent-ils pas toujours plus des réalités sociales d’une partie désormais croissante du pays ?
Face à ce constat, notre analyse tente de comprendre de quelle manière les plus fragiles d’entre nous ont traversé cette crise à travers deux questions :