Étude Publié en Juillet 2025

”L’absence” d’erreurs judiciaires en cour d’assises et le projet Bénéfice du Doute

Une plongée dans le système judiciaire criminel belge

AW
Axel Winkel
Cultures, Violences & Institutions
Étude · Cultures, Violences & Institutions · N°52
”L’absence” d’erreurs judiciaires en cour d’assises et le projet Bénéfice du Doute

Introduction

En 2021, la Katholieke Universiteit Leuven (KUL) a lancé le projet « Voordeel van de Twijfel » (« Bénéfice du Doute »). Son objectif : analyser des dossiers de personnes condamnées pour des crimes en Belgique mais qui clament leur innocence derrière les barreaux. Pendant un an, des étudiants en criminologie, en droit ou en sciences biomédicales légales sont invités à étudier un dossier à charge afin d’en vérifier la solidité. Cette initiative s’inscrit dans la lignée d’organisations telles que l’Innocence Project aux États-Unis qui a permis la libération de 251 innocents, dont certains étaient dans le couloir de la mort. Unique dans le paysage belge, le Bénéfice du Doute questionne le « tabou » des erreurs judiciaires en Belgique.

En 2020, nous nous étions déjà intéressés à cette question en interrogeant l’absence d’appel en cour d’assises en Belgique . Pour rappel, en cour d’assises, là où vous êtes accusé des faits les plus graves en droit pénal et où vous risquez les peines les plus lourdes, il n’existe pas de droit à un second procès. Votre seule possibilité est un recours devant la Cour de cassation mais celle-ci ne jugera que de la forme et non du fond. Formellement, le double degré de juridiction est respecté. Mais par rapport à l’esprit des prescriptions internationales dans lesquelles l’appel est bien appuyé comme la garantie d’une justice équitable, le système belge des assises nous paraissait pour le moment insatisfaisant. En ne permettant pas d’appel et en ne proposant que des motivations lapidaires, il affaiblit deux garanties d’une justice équitable et non arbitraire. Et pourtant, les justiciables aux échelons inférieurs y ont droit. On introduit ainsi une discrimination alors même que ces personnes encourent les plus lourdes peines du système pénal belge. Afin de sécuriser encore plus la procédure criminelle pour les justiciables, nous appelions à la création d’une véritable possibilité d’appel pour les arrêts de cour d’assises.

En filigrane de cette analyse se posait donc la question de la possibilité d’erreurs judiciaires au niveau de la cour d’assises en Belgique. Le projet le Bénéfice du Doute permet de rediscuter de cette problématique en ne s’intéressant plus uniquement à « l’architecture » du système judiciaire belge mais aussi au travail de terrain des professionnels de la justice et aux causes reconnues d’erreurs judiciaires. Nous parlerons de faux aveux, de mauvaise gestion de suspects vulnérables, de fausses accusations, de faux en écriture, de recours à des méthodes scientifiques « douteuses », de surcharge de travail… Nous tenterons d’établir la réalité de ces problématiques sur le territoire belge et leurs impacts sur la potentialité d’erreurs judiciaires au niveau de la cour d’assises.

Nous publions une étude qui constate qu’il n’y a officiellement eu aucune erreur judiciaire en cours d’assises en Belgique depuis, a minima, 1995. Cela signifie-t-il que notre système judiciaire au niveau de la cour d’assises fonctionne parfaitement, sans aucun faux pas ? Plus précisément, la Belgique serait-elle immunisée contre les causes reconnues d’erreurs judiciaires à l’international ? Nos conclusions mettent en évidence le contraire. Cette étude se base notamment sur le travail du projet « Voordeel van de Twifel » (« Bénéfice du Doute ») lancé en 2021 à la Katholieke Universiteit Leuven (KUL). Son objectif : analyser des dossiers de personnes condamnées pour des crimes en Belgique mais qui clament leur innocence derrière les barreaux. Pendant un an, des étudiants en criminologie, en droit ou en sciences biomédicales légales sont invités à étudier un dossier à charge afin d’en vérifier la solidité. Les erreurs judiciaires en cour d’assises semblent marquées par une forme de « tabou » sur le territoire belge. Une situation inquiétante qui, selon nous, appelle des réformes.

Nos constats

Aucun procès en révision et, officiellement, aucune condamnation injustifiée en cour d’assises depuis a minima 1995, à l’inverse des pays limitrophes de la Belgique (Allemagne, France, Pays-Bas, Royaume-Uni…).

La révision en matière pénale qui permet l’annulation d’une condamnation et un nouveau procès reste stricte et exceptionnelle. Au vu de l’absence de procès en révision pour une affaire de cour d’assises depuis au moins trente ans, les chances d’obtenir une annulation à ce niveau sont équivalentes à zéro.

Pourtant, notre étude montre que les causes d’erreurs judiciaires reconnues à l’international sont bien présentes en Belgique : faux aveux, mauvaise gestion de suspects vulnérables, fautes professionnelles, preuves médico-légales fausses ou trompeuses, droits à l’accès à un avocat pas toujours respecté, surcharge de travail au sein de l’institution judiciaire…

Cela nous amène à sérieusement questionner cette prétendue absence formelle d’erreurs judiciaires en cour d’assises depuis, a minima, 1995.

Nos recommandations

La révision en matière pénale est longue, compliquée et couteuse. Il faut apporter un soutien juridique aux personnes condamnées en cours d’assises et clamant toujours leur innocence afin qu’ils puissent constituer un dossier pour une révision en matière pénale.

Ces recommandations complètent les conclusions de notre analyse précédente centrée sur l’absence d’appel pour les décisions de cour d’assises

Sans appel, la Belgique ne respecte pas l’esprit des prescriptions internationales prévoyant un double degré de juridiction. En effet, actuellement, la Cour de cassation ne juge que de la forme et non du fond.

De plus, les obstacles théoriques à la création d’un appel ont disparu. L’argument d’un jury souverain et infaillible ne tient plus. La possibilité de cassation des arrêts de cour d’assises ou l’obligation de motivation de ceux-ci ont déjà mis à terre ce mythe. Bien qu’il faudrait avancer vers un format plus complet, l’obligation de motivation a créé les conditions nécessaires d’un appel effectif.

La création d’un appel a rapidement prouvé son utilité en France pour se prémunir contre les erreurs judiciaires (affaire d’Outreau, Patrick Dils…)

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’étude sur les erreurs judiciaires.

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